Emploi du temps d’un babouin
- luciemcthel
- 8 mai
- 4 min de lecture
Avez-vous remarqué que lorsqu’il fait très chaud ou très froid, on est généralement moins motivé, en hiver lorsque la nuit tombe tôt, on se sent plus fatigué plus vite, lorsqu’on a eu une journée stressante, on dort moins bien… De nombreux facteurs extérieurs affectent continuellement notre niveau d’activité à l’échelle de la journée et même de la saison, et c’est aussi vrai chez les animaux !
Dans le cadre d’une collaboration avec Locadia Dzingwena, une étudiante en Master à l’Université Nelson Mandela, nous avons utilisé plus d’un million d’images issues de pièges photographiques collectées entre 2016 et 2020 dans 29 réserves en Afrique du Sud et au Zimbabwe afin d’étudier les rythmes d’activité chez les babouins chacma. Plus précisément, nous nous sommes intéressés au rôle du type de milieu, du climat, de la saisonnalité de l’environnement (c’est-à-dire l’alternance des saisons au cours d’une année) et des prédateurs, dans l’intensité et la distribution des périodes d’activité au cours de la journée.
Sans surprise, nous avons constaté que les babouins sont le plus actif le matin et l’après-midi, tandis qu’ils ne sont presque pas actifs la nuit, comme la plupart des animaux dits « diurnes ». En revanche, nous avons remarqué certaines spécificités liées au type d’habitat. Selon le site d’étude, les babouins présentent des rythmes d’activité à un, deux ou trois pics dans la journée et semblent plus actifs dans les régions avec un climat doux et productif. De façon générale, leur activité baisse de presque 3% par degré de latitude entre le site le plus au sud (la Garden Route, un environnement plutôt forestier, au climat doux et à l’environnement productif) et celui le plus au nord (Venetia, un environnement de savane aride). Un environnement riche et stable permettrait donc une activité plus soutenue tout au long de la journée et de l’année, tandis que des environnements plus difficiles inciteraient à conserver autant que possible l’énergie en limitant les activités non-essentielles. Un peu comme nous lorsqu’on sort faire les courses en plein hiver : on ne traine généralement pas en chemin ! D’ailleurs, les babouins semblent plus actifs le matin, l’après-midi et le soir en hiver/automne qu’en été/printemps, probablement pour compenser la baisse des ressources par une activité accrue, et au contraire, ils semblent moins actifs l’après-midi en été afin de limiter leur exposition à la chaleur. En plus de cela, les spécificités locales qui affectent les conditions climatiques telles que la proximité de montagnes ou de la côte, ainsi que la présence de zones urbaines ou au contraire, d’aires protégées, affectent la quantité et la stabilité des ressources alimentaires disponibles pour les babouins (les primates ayant tendance à s’approcher des habitations et des champs cultivés où la nourriture est souvent plus concentrée et nutritive que dans la nature), ainsi que leur exposition aux risques tels que les prédateurs, ces derniers ayant tendance à éviter les humains.

En ce qui concerne les paramètres climatiques fins, les variations d’activité au cours de la journée dépendent beaucoup de la température et de la pluviométrie : plus il fait chaud, moins les babouins sont actifs en général ; plus il pleut, moins les babouins sont actifs, principalement tôt le matin et la nuit. De plus, les babouins sont généralement moins actifs au milieu de la journée aux périodes ou la végétation est très « productive » (la productivité de la végétation étant mesurée ici avec un indice spécialisé appelé « NDVI », qui quantifie en quelque sorte la vigueur de la végétation).
En ce qui concerne les prédateurs, la présence de léopards ou de lions affecte le niveau d’activité des babouins qui aurait tendance à augmenter la nuit, ainsi que le matin dans le cas des léopards. En revanche, les hyènes tachetées, elles, ne semblent pas affecter l’activité des babouins. Cependant, si nos analyses permettent de détecter une activité, elles n’informent pas sur le type d’activité. Il est donc possible qu’une augmentation de l’activité nocturne en présence de prédateurs reflète des comportements de fuite de la part des babouins. Les léopards sont en effet capables de chasser les babouins dans les arbres, et sont même connus pour les attaquer la nuit, quand les babouins sont plus vulnérables. Mais les données de nuit étant plus rares et difficiles à obtenir, il nous est impossible de trop nous avancer dans nos interprétations.
Il est important de garder à l’esprit que les pièges photographiques utilisés dans cette étude sont tous positionnés au sol car ils font partie de projets de suivi de la faune à grande échelle, qui doivent donc pouvoir couvrir autant d’espaces et d’espèces que possible. Les babouins, et les primates en général, passent une partie de leur temps plus ou moins importante dans les arbres (dans le cas des babouins, principalement la nuit et pour se protéger des prédateurs, justement). De ce fait, certains de leurs comportements n’ont pas pu être capturés par ces méthodes, ce qui peut entrainer des biais dans la représentativité de leur activité, en particulier la nuit, tôt le matin et tard le soir.
Mieux comprendre les facteurs qui influencent les rythmes d’activité chez les babouins dans leur milieu naturel, que ce soit à l’échelle de la journée ou de l’année, peut se révéler particulièrement utile pour améliorer la gestion des interactions avec les humains, notamment aux abords des villes où la coexistence entre nos deux espèces se révèle parfois difficile. Vous trouverez les détails de notre étude (en anglais) sur le site de la revue Scientific Reports.
C'est tout pour ce mois-ci, à bientôt pour un prochain post !
Crédits photos : Lucie Thel



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